Pilule contraceptive et musculation

UPDATE 2024 :

Une nouvelle étude a comparé la croissance musculaire chez 72 femmes sous et sans pilule. Après un programme de musculation de 10 semaines, les femmes prenant des contraceptifs oraux ont gagné beaucoup moins de masse maigre ( = muscle) que les femmes ne prenant pas de contraception : 3,5% vs. 2,1% de croissance (mesurée par pesage hydrostatique, ce qui est assez précis).

L’affaiblissement des gains de masse maigre a corrélé avec l’androgénicité de la progestine dans les pilules des femmes. Les contraceptifs oraux contiennent de la progestine, qui sont des formes synthétiques de la progestérone naturelle dans notre corps. Malheureusement, les progestines peuvent se lier non seulement à nos récepteurs de progestérone, mais aussi à nos récepteurs d’androgènes, qui bloquent de la testostérone. Ainsi, les progestatifs fonctionnent comme des anti-androgènes : ils peuvent inhiber le fonctionnement de la testostérone. En effet, les femmes sous pillule avaient des niveaux significativement plus faibles d’IGF-1 et d’androgènes (DHEA et DHEAS) et des niveaux plus élevés de cortisol. Il est logique que des apports élevés en progestine puissent ainsi réduire la croissance musculaire.

Cependant, la découverte que la pilule peut saboter vos gains musculaires est controversée dans la littérature. De nombreuses autres études n’ont pas trouvé d’effets significatifs des contraceptifs oraux sur les gains des femmes. Certaines recherches ont même révélé que les œstrogènes à forte dose (30 mcg d’éthinylestradiol) peuvent améliorer la croissance musculaire, bien que ces études aient toutes des limites majeures. Pourtant, comme je l’ai déjà dit, l’œstrogène est un net positif pour nos muscles, contrairement à la croyance populaire, il est donc possible que l’effet œstrogénique de la pilule puisse compenser tout effet négatif de la progestine.

De plus, les gains de force ne différaient pas significativement entre les groupes. Les effets hormonaux se sont également avérés dans d’autres contextes pour affecter la masse maigre plus directement que la force, mais il est toujours curieux que les gains de force aient été inchangés si la pilule était vraiment si mauvais pour leurs muscles.

Si vous prenez la pilule contraceptive ou toute forme de contraception contenant des hormones (implant, patch, stérilet), vous avez probablement déjà vécu ou entendu parler de plusieurs effets secondaires négatifs tels que les maux de têtes, une baisse de la libido, des tendances à la dépression, de la rétention d’eau liée ou non à une prise de poids. Dans cet article, nous allons nous pencher sur l’impact des hormones de synthèse sur la prise de muscle chez la femme.

Il existe 2 types de pilules :

· Les pilules microprogestatives qui ne contiennent qu’un progestatif, le lévonorgestrel

· Les pilules dites « combinées » qui contiennent deux types d’hormones : un œstrogène (éthinyl-œstradiol ou œstradiol) et un progestatif

Ces pilules se répartissent entre 4 générations, la première datant des années 1960. Généralement, les pilules de deuxième génération sont considérées comme les plus sûres. Les pilules de troisième et quatrième génération ont été développées pour traiter les effets secondaires que certaines personnes subissent lorsqu’elles utilisent des pilules de deuxième generation et ont donc tendance à être mieux tolérées. Toutefois, le risque de certains cancer et de caillots sanguins est légèrement plus élevé chez les femmes qui prennent des pilules de troisième et de quatrième générations.

Il y a beaucoup de marques différentes de pilule disponibles, contenant des quantités variables d’hormones qui peuvent donc causer des effets secondaires différents pour chaque femme ; non seulement à cause des composants, mais aussi à cause des antécédants et du statut hormonal de la femme qui commence une contraception à ce moment-là.

Pour cette raison, si on vous a initialement prescrit un type de pilule contraceptive qui provoque des effets secondaires indésirables, il est important de communiquer avec son gynécologue afin de trouver celle qui vous conviendra le mieux.

Dans cette introduction, nous comprenons déjà que les études menées ne doivent pas faire l’objet de généralité puisqu’il existe beaucoup de variables.

Comment agit la pilule ?
En répliquant les fonctions de nos hormones sexuelles (ici l’œstrogène et la progestérone) elles opèrent plusieurs changements :
– Elle empêche la libération d’un ovule par l’ovaire
– Elle épaissit la glaire cervicale (substance visqueuse au col de l’utérus), ce qui rend difficile l’accès à l’ovule aux spermatozoïdes
– Elle permet d’affiner la paroi de l’utérus, il est donc difficile pour l’ovule de s’y fixer.

Les hormones en jeu
La testostérone est une hormone sexuelle androgène produite dans les ovaires de la femme en petites quantités. Elle aide à la croissance, le maintien et la réparation des tissus reproducteurs d’une femme, la masse osseuse, musculaire, le désir sexuel et l’humeur en général. Il n’existe pas un grand nombre d’études sur les effets de la contraception hormonale sur l’entraînement en musculation, cependant nous savons que les niveaux totaux de testostérone peuvent diminuer d’environ 30-50% % avec l’utilisation de ces contraceptifs. Il serait donc raisonnable de supposer que cela pourrait avoir un impact sur les capacités à gagner en masse musculaire.

L’autre hormone sexuelle féminine, particulièrement importantes pour couvrir certaines des fonctions de la testostérone – et donc pour la croissance musculaire – est l’œstrogène (indirectement par le biais d’une hormone appellée IGF-1). Des études ont montré que cette hormone (qui est particulièrement active pendant l’ovulation) peut stimuler la production de protéines et ainsi stimuler la croissance musculaire.

Les effets négatifs
Pour comprendre les différents effets négatifs de la pilule il est donc important de garder à l’esprit que suivant la personne et la composition de la contraception, ces effets négatifs ne s’appliqueront pas à tout le monde. Cependant nous pouvons affirmer que l’utilisation de certaines pilules a été associée à des taux inférieurs de synthèse de la protéine et du collagène tendineux. Cela signifie que le renouvellement des tissus musculaires ainsi que les tendons peuvent être affectés : la récupération est plus difficile donc la prise de muscle aussi ; les tendons sont fragilisés donc le risque de blessure accrue (graphique ci-dessous : OC = contraception orale).

  • Certaines études montrent que les difficultés à prendre à prendre du muscle pourraient être liées à la progestérone contenue dans la pilule qui peut se lier au récepteur d’androgène et inhiber sa fonction. La prise de muscle sera plus difficile pour quelqu’un qui prend une pilule dont la quantité de progestérone est élevée.
  • Puisque les pilules ont différents niveaux d’androgénicité, il est possible que certaines pilules combinées affectent plus ou moins les niveaux de testostérone, donc la prise de muscle. Le manque de testostérone affecte non seulement la prise de muscle mais également les niveaux d’énergie.
  • Les niveaux de cortisol (hormone du stress) peuvent être plus hauts que la normale. Le cortisol inhibe l’absorption d’acides aminés dans les cellules musculaires, ce qui rend pratiquement impossible d’alimenter les cellules musculaires lorsque les niveaux de cortisol sont trop élevés pendant trop longtemps. Si vous êtes une personne anxieuse (anxiété chronique et non passagère) et que vous prenez un contraceptif hormonal, il peut être temps de considérer une alternative.

Les effets positifs

  • Certaines pilules contenant plus d’œstrogènes sont associés à une meilleure récupération et moins de courbature.
  • Puisque les contraceptions hormonales stabilisent les niveaux d’œstrogène et de progestérone, ils assurent une certaine régularité de la thermorégulation tout au long du cycle menstruel et facilitent la capacité à faire de l’exercice uniformément tout au long du cycle (graphique ci-dessous – fluctuations hormonales du cycle menstruel sans et avec contraception).

Quelles alternatives envisager ?
Consulte mon article Tout sur les contraceptions non hormonales pour en savoir plus.

Sources :
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/33993156/

Amiri N, Fathei M, Mosaferi Ziaaldini M. Effects of resistance training on muscle strength, insulin-like growth factor-1, and insulin-like growth factor-binding protein-3 in healthy elderly subjects: A systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Hormones (Athens) 20: 247–257, 2021.

Armstrong LE, Maresh CM, Keith NR, et al. Heat acclimation and physical training adaptations of young women using different contraceptive hormones. Am J Physiol Endocrinol Metab 288: E868–E875, 2005.

Burrows M, Peters CE. The influence of oral contraceptives on athletic performance in female athletes. Sports Med 37: 557–574, 2007.

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